Dominique A : interview exclusive – Polyphonic Size-Je t’ai toujours aimée-

Cette interview a été enregistrée à Caen, en avril 2013, lors d’un concert de Dominique A.

Texte d’introduction et interview: Stéphane Dévé http://www.stephanedeve.com/sdv2/Accueil

Photo : Julien Mignot

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Dans les années 80, Dominique Buxin, parolier historique du groupe belge Polyphonic Size, écrit un texte qui va faire mouche d’autant que Jean-Jacques Burnel, alors producteur du LP « Vivre pour chaque instant » sur lequel il figure, tient le micro. 

Ce texte, cette chanson, c’est « Je t’ai toujours aimée ».

Polyphonic Size, groupe belge de nationalité, choisit de chanter non pas en flamand, non pas en anglais, mais en français au moment même où la scène rock francophone des années 80, se tourne en grande partie vers des textes anglophones, plus rock, plus punk.

Ce choix tient à une plume, remarquable entre mille. 

Des textes au sens propre, figuré et détourné, sur une musique punk-pop-synthétique. 

Des jeux de mots et de langue. Des jeux de corps en typo. 

Inutile de faire du bruit pour s’exprimer, tout est dans la subtilité. la « France Inter » craque. Puis l’Europe, l’Asie.

Au fil des albums de Polyphonic Size, les médias reconnaissent en Dominique Buxin, un talent d’écriture regroupant à la fois, Gainsbourg, Prévert, Dutronc et plus encore, Boris Vian.

Avec beaucoup d’humour, Dominique Buxin me disait un jour « j’ai un avantage certain sur Gainsbourg, lui avait 

Boris Vian comme référence. Moi, j’ai, et Boris Vian, et Gainsbourg ! ».

Dans les années 2000, un auteur-compositeur français choisit ce titre pour en faire une reprise personnelle qui apparaitra en 6 ème position sur son album. L’artiste, c’est Dominique A. Son album : Auguri. Nous sommes en 2001.

20 ans après, peut-on parler d’un dépoussièrage du texte et des musiques de Polyphonique Size, ou alors, au contraire, peut-on convenir que certaines de leurs compositions, à la manière des artistes précités, deviennent des cas d’école et des références pour les « artistes contemporains ». 

C’est ce que nous avons voulu savoir en questionnant l’artiste le plus remarquable de la scène musicale française depuis de nombreuses années. 

Remarquable et remarqué … tardivement, car en France, les plus talentueux de nos artistes doivent souvent de passer les 20 ans de carrière pour avoir une reconnaissance du plus grand nombre. 

Pour mémoire, les Victoires de la Musique … Daniel Darc et désormais Dominique A. 

Tous deux proches de Polyphonic Size. Daniel pour avoir écrit lui aussi des textes pour PS, Dominique A pour sa reprise. 

L’essentiel est tout de même qu’une minorité leur permette de tenir cette première vingtaine d’année !…

*

dominique a- par julien mignot

 

Stéphane Dévé : Dominique A, pourriez vous nous expliquer dans quel contexte et à quel moment vous avez découvert « Polyphonic Size » ?

Dominique A : Je crois me souvenir que je les ai vus à la télé en 81 ou 82, à l’époque de la sortie de « Vivre pour chaque instant ». Je découvrais la musique, la new wave, et j’étais très amateur de textes français sur ces sons là. La chanson a fait tilt tout de suite, c’était « Je t’ai toujours aimée ».

SDV : Qu’est-ce qui vous a le plus touché, est-ce la mélodie, le texte ?

DA : C’est une chanson qui m’accompagne depuis l’adolescence, je trouve que c’est une des plus belles chansons d’amour qui soient, et j’adorais l’interprétation désincarnée, les synthés un peu démotivés, en relation avec un texte des plus brûlants.

SDV : En 2001, la chanson « je t’ai toujours aimée » figure sur votre album Auguri. A part quelques touches musicales personnelles, la mélodie, le ton restent le même. Dans quelle mesure peut-on dire que cette chanson vous ressemble et surtout à votre univers musical ?

DA : Pour être honnête, j’ai bien peur de ne pas avoir rendu justice à ce morceau. C’est toujours le même problème avec les chansons qu’on aime trop… C’est marrant, parce que beaucoup de gens me la réclament encore, persuadé que c’est un de mes morceaux. Donc, je suppose que ce n’est pas si éloigné sur le plan mélodique de ce que je compose par ailleurs. Mais il y a un côté un peu pépère dans ma reprise que je n’aime plus beaucoup aujourd’hui, ça évacue toute la tension initiale qui, je pense, peut se retrouver dans certains de mes enregistrements.

SDV : En 2010, Polyphonic Size s’est reformé pour de nouveaux concerts : Bruxelles, Londres … de nouvelles compositions et un nouvel album en préparation (sortie prévue en 2013)
Jean-Jacques Burnel, fidèle parmi les fidèles, est toujours de la partie.
Sur scène, au chant sur  « Je t’ai toujours aimée » mais aussi sur certaines de ses compositions personnelles, et toujours à la production.

DA : Euh… Y a t il une question ici ? Je n’ai pas grand chose à dire sur le sujet. Tant que les gens restent créatifs, et ne se contentent pas de rejouer les morceaux d’hier, ça ne me pose aucun problème en tout cas.

SDV : en fait, la question arrive maintenant… Peut-on voir un lien entre vos créations, vos univers musicaux, avec les Stranglers et la production de Jean-Jacques Burnel pour Polyphonic Size ? 

DA : J’imagine que oui, mais je n’irai pas demander à Burnel ce qu’il en pense ! Mon « éducation » musicale s’est faite avec la new wave, l’électropop, les Cure, Joy Division, les Stranglers… donc j’imagine qu’on peut l’entendre çà et là dans ce que je fais. Le goût du drame, et un certain romantisme, viennent de là chez moi, ainsi que l’amour pour certains sons synthétiques, plutôt analogiques.

SDV : Vous êtes assez proche de la nature dans vos textes. La nature et l’amour bien sûr. Dominique Buxin s’intéresse lui aussi à l’amour et la nature … humaine.

DA : On n’a pas inventé la poudre, hein… Chacun parle de ce qui le tient à coeur, et ça passe évidemment beaucoup par les relations humaines.

SDV :  Y aurait-il d’autres textes que vous auriez pu travailler sur vos propres compositions musicales  et qui rentreraient dans votre univers ? Je pense à « Mohamed et Sarah », ou encore le « Rabatteur des Sectes » …

DA : Non, même s’il y en a d’autres que j’aime beaucoup évidemment, comme « Winston et Julia », ou « Action man », ainsi que la reprise des Stones (groupe que je déteste par ailleurs), « Mother’s little helper », je ne me vois pas reprendre une autre chanson de PS, ni leur emprunter un texte, ce serait une drôle d’idée. « Je t’ai toujours aimée » étant emblématique dans mon parcours, c’était celle là ou rien.

Stéphane Dévé : Merci Dominique et au plaisir de vous retrouver à Bruxelles, à Hérouville, à Londres …      

Dominique A : merci et bonne journée.

 

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2 réflexions au sujet de « Dominique A : interview exclusive – Polyphonic Size-Je t’ai toujours aimée- »

  1. bravo pour l’ensemble de ton blog… je te suis depuis peu et je trouve tes posts de qualité! J’édite moi aussi un blog depuis peu, n’hésite pas à venir me lire! ++ ZAK

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